Onglets principaux

8ch

Épreuves prétransfusionnelles

Auteur(s): 
Dre Debra Lane, FRCPC
Date de publication: 
Lundi, juillet 13, 2020

Contexte

Les épreuves prétransfusionnelles sont des analyses de laboratoire nécessaires pour s’assurer que le sang du receveur et le produit sanguin à transfuser sont compatibles. Ce processus consiste à dûment remplir la demande, à bien identifier le patient, à prélever et à étiqueter l’échantillon de sang du patient, à l’analyser en laboratoire pour déterminer le groupe sanguin et détecter la présence d’allo-anticorps érythrocytaires, puis à vérifier la compatibilité. Les épreuves prétransfusionnelles prennent fin quand on trouve un produit sanguin compatible à transfuser au receveur désigné. Le présent chapitre donne un aperçu des épreuves prétransfusionnelles généralement réalisées.      

Identification du patient et prélèvement et étiquetage de l’échantillon

Il est essentiel que les établissements hospitaliers dans lesquels on prélève des échantillons de sang pour les épreuves prétransfusionnelles soient dotés d’une politique et d’une procédure d’identification du patient et d’étiquetage approprié des échantillons prétransfusionnels. La première étape de ces épreuves consiste à préparer la demande d’analyse. C’est à ce moment-là qu’il faut vérifier l’identité du patient, encore appelé receveur désigné. La deuxième étape consiste à s’assurer que l’échantillon de sang est prélevé sur le receveur désigné de la transfusion1-3. Il faut également demander au patient de donner son prénom et son nom ainsi que sa date de naissance, car le bracelet d’identité qu’il porte peut ne pas être le bon4.

Les échantillons de sang destinés aux analyses ne doivent pas être hémolysés. Il peut s’agir de sang préparé avec un anticoagulant, l’EDTA de préférence, ou de sang coagulé et de sérum, selon la politique de l’établissement. Les Normes pour services transfusionnels en milieu hospitalier de la Société canadienne de médecine transfusionnelle recommandent que l’échantillon sanguin original puisse être utilisé dans les 96 heures suivant le prélèvement et servir pour une épreuve de compatibilité croisée avec un nombre illimité d’unités selon les besoins cliniques (CSA, 15 10.4.3)1. Après 96 heures, il est nécessaire de prélever un nouvel échantillon pour s’assurer d’avoir accès à des unités de culot globulaire compatibles en raison de la possibilité que les patients exposés aux antigènes érythrocytaires aient développé des anticorps à la suite d’une transfusion ou d’une grossesse. En l’absence de transfusion récente ou de grossesse, on peut analyser les échantillons à l’avance. Les résultats des tests de compatibilité sont alors valides au-delà de la période de 96 heures habituelle. Les politiques en vigueur peuvent varier d’un établissement à l’autre. On prolonge parfois la période de validité des résultats des épreuves de compatibilité croisée dans le cas des patients en attente d’une opération qui ont subi des épreuves de compatibilité sanguine plusieurs jours ou semaines avant la date prévue pour l’intervention, pour autant que ces patients n’aient reçu aucune transfusion ou que les patientes ne soient pas tombées enceintes entre-temps. Les résultats des épreuves seront considérés comme valides, et des unités de sang compatible seront à la disposition du médecin traitant le jour prévu de l’intervention à la lumière de ces épreuves antérieures. La grossesse ou une transfusion récente pourrait provoquer la formation d’anticorps susceptibles d’invalider les épreuves de compatibilité croisée5.

Épreuves prétransfusionnelles

Les épreuves prétransfusionnelles comprennent le groupage ABO et le typage Rh (D) des globules rouges du receveur ainsi que la recherche d’anticorps autres que les anticorps ABO, mais importants sur le plan clinique, dans son plasma. Les anticorps les plus importants sur le plan clinique sont les IgG, qui apparaissent généralement lorsque le receveur a été exposé à des antigènes érythrocytaires étrangers lors d’une transfusion ou d’une grossesse.

Avant une transfusion non urgente, on procède à une épreuve de compatibilité à la suite de la détermination du groupe sanguin et du dépistage d’anticorps. Il peut s’agir d’une épreuve sérologique croisée ou d’une vérification à l’aide d’un programme informatique validé pour s’assurer qu’un composant approprié a été sélectionné pour le receveur désigné. Cette dernière méthode est connue sous le nom d’« épreuve de compatibilité croisée électronique ».

Groupage ABO

La détermination du groupe ABO consiste à vérifier la présence des antigènes A et B sur les globules rouges du receveur à l’aide d’antisérums anti-A et anti-B (épreuve globulaire). Lors des épreuves systématiques de groupage sanguin ABO, on recherche également la présence d’anticorps anti-A et anti-B dans le plasma du receveur en ayant recours à des globules rouges du groupe A et du groupe B (épreuve sérique). On n’effectue pas d’épreuve sérique chez les nourrissons de moins de quatre mois.

Typage Rh

On détermine le type Rh (D) du receveur en exposant ses globules rouges à l’anticorps anti-D. Il est à noter que les globules rouges d’une proportion importante de la population ne sont pas porteurs de l’antigène Rh (D). Néanmoins, 80 % des receveurs Rh (D) négatifs peuvent développer des anticorps dirigés contre l’antigène D en cas d’exposition à des globules rouges Rh (D) positif. Il est par conséquent préférable de transfuser du sang Rh négatif (D négatif) à tout receveur Rh (D) négatif. Plus particulièrement, les femmes Rh (D) négatif en âge de procréer ne devraient pas recevoir de produits sanguins Rh (D) positif étant donné que le développement d’anticorps anti-D pourrait contribuer à la survenue de la maladie hémolytique du fœtus et du nouveau-né lors de grossesses ultérieures. Pour obtenir plus de renseignements à ce sujet, voir le chapitre 12.

Recherche d’anticorps

Toute personne exposée, lors d’une grossesse ou d’une transfusion, à des antigènes érythrocytaires étrangers peut devenir porteuse d’allo-anticorps dirigés contre ces antigènes. Pour détecter des anticorps dirigés contre des antigènes n’appartenant pas aux groupes A ou B, on analyse un échantillon de plasma ou de sérum du patient en présence de globules rouges commerciaux du groupe O sélectionnés qui expriment la majorité des antigènes importants sur le plan clinique, mais autres que les antigènes A et B. Cette analyse prend généralement entre 30 et 60 minutes. Pour un nourrisson de moins de quatre mois, elle peut être effectuée sur son propre plasma ou sur celui de la mère.   

Il existe actuellement de nombreuses techniques de détection des anticorps (figure 1). Certaines méthodes prévoient l’ajout de réactifs tels qu’une solution saline, de l’albumine, une solution saline de faible force ionique ou du polyéthylèneglycol (PEG). Certaines ont recours à la technique d’agglutination en colonne de gel avec des anticorps anti-IgG dans la colonne (carte de gel) ou des plaques de microtitrage à cupules auxquelles sont liés des antigènes érythrocytaires (en phase solide) pour détecter les anticorps.  

Figure 1. Exemples de trousses commerciales pour le dépistage des anticorps. Image du haut : le système de typage ID-Micro d’Ortho Clinical Diagnostics. Image du bas : Capture-R d’Immucor.

Identification des anticorps

Lorsqu’un anticorps important sur le plan clinique est détecté dans le plasma du receveur, on procède généralement à des analyses approfondies pour l’identifier. Ce processus, appelé « identification de l’anticorps », consiste à analyser le plasma à l’aide d’un panel d’hématies commerciales du groupe O dont les antigènes sont connus. L’identification nécessite plusieurs étapes visant à exclure certains anticorps, à déterminer la température optimale de réactivité de l’anticorps et à mesurer sa réactivité autologue. Le typage antigénique des globules rouges du receveur peut également contribuer au processus d’identification de l’anticorps en permettant de déterminer les anticorps érythrocytaires qu’une personne est susceptible de développer. Après avoir identifié l’anticorps, on examine les unités de culot globulaire pour choisir celles ne contenant pas les antigènes correspondant à l’anticorps détecté chez le receveur. Dans certains cas, le phénotype du donneur sera indiqué sur l’étiquette des unités de culot globulaire. Dans d’autres cas, il devra être déterminé par la banque de sang de l’hôpital ou faire l’objet d’une demande à la Société canadienne du sang. Pour plus d’informations sur le phénotypage érythrocytaire, consultez le chapitre 6 du présent guide.

Épreuve de compatibilité croisée

On entend par « épreuve de compatibilité croisée » une méthode de confirmation de la compatibilité entre le sang (plasma) du patient et les globules rouges du donneur. Cette épreuve vise principalement à déceler et à prévenir une incompatibilité des groupes ABO. Elle peut consister à mélanger directement les globules rouges du donneur avec le plasma du receveur (épreuve sérologique de compatibilité croisée) ou à utiliser un système informatique afin de s’assurer que le sang du receveur et celui du donneur ont été analysés et que les unités de sang sélectionnées pour un receveur donné sont compatibles. Cette dernière méthode est connue sous le nom d’« épreuve de compatibilité croisée électronique ou assistée par ordinateur ». Elle peut être utilisée uniquement si l’on dispose d’un système informatique qui a été validé afin de prévenir la distribution d’unités incompatibles et si le receveur a obtenu un résultat négatif au dépistage d’anticorps.

Groupage sanguin et dépistage d’anticorps, ou épreuve de compatibilité croisée?

Dans le cas des patients peu susceptibles de nécessiter une transfusion dans un cadre médical ou chirurgical donné, une approche couramment employée consiste à déterminer le groupe ABO et le type Rh du receveur et à procéder au dépistage d’anticorps. Si le dépistage d’anticorps se révèle négatif, aucun autre test ne sera effectué, mais on pourra réaliser une épreuve de compatibilité croisée et fournir rapidement des produits sanguins au besoin. La détermination du groupe ABO et du type Rh et le dépistage d’anticorps permettent d’assurer une meilleure gestion des réserves de culot globulaire. En effet, davantage d’unités demeurent en réserve et peu d’unités sont conservées pour un patient en particulier (ce qui les rend indisponibles pour d’autres patients). Par ailleurs, lorsque des anticorps sont détectés lors du dépistage, on effectuera les autres tests décrits plus haut ainsi qu’une épreuve de compatibilité croisée pour pouvoir disposer rapidement de produits sanguins compatibles.

Une épreuve de compatibilité croisée doit être demandée dans le cas de patients à qui on envisage ou prévoit de transfuser du sang. Cette demande devrait indiquer le nombre d’unités de culot globulaire requises. En pareil cas, le personnel du laboratoire procède à une épreuve de groupage sanguin et à la recherche d’anticorps de même qu’à l’épreuve de compatibilité afin de préparer et d’étiqueter les unités de culot globulaire qui seront transfusées au receveur désigné.

L’épreuve de compatibilité croisée constitue la dernière étape à franchir pour la délivrance d’unités de produit sanguin à transfuser. Chez un patient qui possède un ou des anticorps importants sur le plan clinique, les unités sélectionnées en vue de l’épreuve de compatibilité croisée doivent être négatives à l’égard des antigènes correspondants. Si l’on ne peut pas trouver d’unités de sang compatibles, le directeur médical du service de transfusion peut autoriser la délivrance d’unités incompatibles si le besoin de transfusion l’emporte sur le risque associé à la transfusion de sang incompatible. Selon le nombre d’anticorps présents dans le plasma du receveur et leur complexité, il est possible que la recherche de globules rouges compatibles prenne plus de temps. Dans la plupart des cas, on parvient à trouver des globules rouges allogéniques compatibles qui peuvent être transfusés sans danger. Il est cependant parfois nécessaire de consulter un laboratoire de référence spécialisé dans la recherche d’anticorps, ce qui pourrait retarder la transfusion. Lorsqu’il est très difficile d’obtenir du sang compatible, on peut obtenir auprès de l’organisme d’approvisionnement en sang des unités de sang de groupes sanguins rares ou des unités congelées. Dans de rares cas, il est nécessaire d’avoir recours au don autologue ou à des dons dirigés de membres de la famille proche pour disposer de quantités suffisantes de sang compatible.

Figure 2. Sommaire des épreuves prétransfusionnelles

Délivrance urgente de sang

Lorsque, en raison de l’urgence d’une transfusion, les analyses prétransfusionnelles ne peuvent être lancées ou achevées, on peut envisager de délivrer sans tarder des produits sanguins qui n’ont pas été soumis à une épreuve de compatibilité croisée. Si les épreuves de groupage ABO et de typage Rh ont été réalisées, on peut fournir du sang isogroupe non soumis à une épreuve de compatibilité croisée. Si aucune épreuve n’a été amorcée au moment où le sang est requis, des unités de culot globulaire du groupe O Rh négatif ou positif non soumises à une épreuve de compatibilité croisée peuvent être délivrées. Les globules rouges du groupe O négatif doivent être réservés aux situations d’urgence impliquant des femmes en âge de procréer afin de prévenir une surutilisation des réserves déjà limitées d’unités de ce groupe.

Il faut prélever un échantillon de sang aux fins de l’épreuve de compatibilité dès que l’état du patient le permet afin de pouvoir lui transfuser aussitôt que possible du sang isogroupe ayant été soumis à une épreuve de compatibilité croisée.

Crédits De Développement Professionnel Continu

Les Associés et les professionnels de la santé qui participent au programme de Maintien du certificat du Collège royal du Canada peuvent obtenir des crédits pour la lecture du Guide de la pratique transfusionnelle. Considérée comme une activité de développement professionnel continu en vertu de la Section 2 : Activités d’autoapprentissage, la lecture d’un chapitre donne droit à deux crédits.

Remerciements

L’auteure, Debra Lane, remercie la Dre Kate Chipperfield, FRCPC, et Darlene Mueller, M.A., ART, d’avoir effectué la révision du présent chapitre.

N’hésitez pas à nous faire part de vos suggestions et de vos questions concernant le Guide de la pratique transfusionnelle par le biais de notre formulaire. C’est avec plaisir que nous les accueillerons et que nous y répondrons.

Références

1.   Comité des normes de la SCMT. Normes pour services transfusionnels en milieu hospitalier de la SCMT, Ottawa, Société canadienne de médecine transfusionnelle, 2017.
2.   Standards Program Committee et Blood Banks and Transfusion Services Standards Program Unit. Standards for Blood Banks and Transfusion Services, AABB, 2016.
3.   Murphy M. F., A. C. Casbard, S. Ballard, I. A. Shulman, N. Heddle, J. P. Aubuchon, S. Wendel, A. Thomson, T. Hervig, K. Downes, P. M. Carey, W. H. Dzik et BEST Research Collaborative. « Prevention of bedside errors in transfusion medicine (PROBE-TM) Study: a cluster-randomized, matched-paired clinical areas trial of a simple intervention to reduce errors in the pretransfusion bedside check », Transfusion, vol. 47, 2007, p. 771-780.
4.   Shulman I. A., J. M. Nelson et R. Nakayama. « When should antibody screening tests be done for recently transfused patients? », Transfusion, vol. 30, 1990, p. 39-41.
5.   Pollack W., W. Q. Ascari, J. F. Crispen, R. R. O’Connor et T. Y. Ho. « Studies on Rh prophylaxis. II. Rh immune prophylaxis after transfusion with Rh-positive blood », Transfusion, vol. 11, 1971, p. 340-344.